Ryo Hazuki Daimyo


   Age : 35 Inscrit le : 30 Avr 2005 Messages : 56 Localisation : Tokyo
 | Sujet: HAUSU (1977) Jeu 20 Mar - 1:51 | |
| Autant vous prévenir tout de suite, si vous n'appréciez pas le Cinéma Japonais et plus particulièrement ce qu'il a de plus décalé, l'analyse (modeste) qui va suivre, risque fort d'avoir sur vous le même effet soporifique qu'avaient sur moi certaines soirées du Grands Echiquier de la belle époque. Et manque de chance, vu que je suis un véritable accro à ce genre de bizarreries nippones, j'en ai un bon petit nombre à vous faire découvrir par la suite...et oui, c'est pas de bol! Juste pour mettre l'eau a la bouche des fins connaisseurs, et de finir le moral des autres à coup de liste, seront traîtés dans les semaines à venir de véritables pièces de collection telles que The Glamourous Life of Sachiko Hanai, Tokyo X Erotica ou encore Party 7, pour ne citer que les plus connues. Mais pour l'heure, installer vous confortablement dans votre fauteuil d'internaute, éteignez les portables, oubliez vos emmerdes, vos amours, et laissez moi vous parler du véritable OVNI (là le terme est totalement approprié) qu'est Hausu (House en anglais dans le texte) de Nobuhiko Obayashi, réalisé en 1977, et oui, il y a déjà 30 ans.
Si à l'époque, alors âgé de quatre années, j'avais su qu'un tel film existait, et que par je ne sais quel moyen rocambolesque j'avais pu me téléporter au pays du Soleil Levant, je crois bien que j'aurais fait parti déjà des (trop rares) fans de ce film, même si mes facultés intellectuelles et ma compréhension artistique en cette période de ma vie auraient été moindres que celles de maintenant (quoique). Mais heureusement pour moi, ce chef-d'oeuvre (je n'ai pas peur d'utiliser déjà au bout de quelques lignes seulement ce superlatif) n'a pas pris une ride. Obayashi surtout connu pour des clips vidéos et quelques films expérimentaux jusqu'alors, réussit en à peine 1h30, à faire avec un scénario ultra simple et des plus classique, grâce à une réalisation intelligente, un film pas ennuyeux pour deux sous et surtout qui pourrait donner quelques leçons de cinéma à pas mal de réalisateurs de notre époque, où le moindre possesseur de caméscope se la pète à coup de tremblements et de ralentis exagérés. Dès les premières notes musicales et les premières images, on sent que l'on risque d'assister à un grand moment de n'importe quoi, et d'une manière ou d'une autre que l'on va tutoyer au moins quelques minutes le bonheur dans ce qu'il a de plus pur, Obayashi jouant d'entrée la carte de la caricature (maîtrisée) en implantant ses personnages dans une sorte de Shojo manga classique, avec son côté tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, mais que quand même au pays des sushis la vie c'est quand même pas tous les jours tout rose. L'histoire en elle même est dès plus simple à résumer. Oshare est une lycèene lambda qui a perdu sa mere quelques années auparavant et qui vit mal l'arrivée de la nouvelle compagne de son père. Avec ses amies (véritable échantillon des stéréotypes les plus répandus dans ce style de film, allant de l'experte en art martiaux adepte du Kung Fu, à la boulimique frénétique en passant par l'intello à lunette) elle décide d'aller passer les vacances scolaire chez sa tante qui vit seule depuis de longues années, afin de fuir sa nouvelle situation familiale (car le lieu initialement prévu par le lycée est bien évidemment indisponible...comme c'est bizarre!). Toute cette première partie étant le prétexte à une succession de clichés, qui au lieu de faire fuir, sont des plus jouissifs à regarder, comme cette scène où les deux amies partent en sautillant main dans la main suite une conversation à l'eau de rose avec leur charmante Prof de sport. Extraordinairement, au lieu de donner envie de jeter sa télécommande à la poubelle, ces scènes niaises au possible confirment très vite les premières secondes du film, c'est à dire que tout va être possible, et qu'Obayashi est un génie. Ce qu' il confirme très vite avec le flashback où Oshare raconte la jeunesse de sa tante et de sa mère, en pleine Guerre du Pacifique. Cette scène,visuellement parfaite ne dure que quelques minutes, mais se compose d'une multitudes d'effets visuels avec lesquels Obayashi nous démontre qu'avec peu de moyens mais beaucoup d'idées, on peut faire quelque chose de génial. De la vielle bobine qui s'embrase, au mélange du noir et blanc avec de la couleur, sans oublier les panneaux pour les dialogues tout droit sortis des vieux films muets, on ne peut que jubiler devant tant de simplicité diablement efficace. Comme quoi un peu de matière grise savamment utilisé, c'est toujours imparable. S'ensuit alors une vague inintérrompue de moments plus savoureux les uns que les autres, entre le chat de l'héroïne, véritable personnage central dans la pseudo intrigue, qui se retrouve sans l'aide de personne dans le train qui va conduire toute la petite troupe chez la fameuse tante, au marchand de pastèque totalement déjanté, au personnage du prof charmeur de ses demoiselles qui ne sert a rien mais dont on croit jusqu'à la fin qu'il va avoir une utilité quelconque, pour arriver enfin, à la fameuse Maison où vit toute seule la tante d'Oshare. On se croirait alors propulser dans l'univers du Magicien d'Oz au niveau des paysages qui entourent la dite demeure, qui de jour est des plus accueillante. Mais très vite, la tante va s'avérer être plus proche d'une Tatie danielle sous LSD que de la gentille tatine qui aime beurrer les tartines, et la maison bien moins hospitalière qu'elle n'y paraissait. Et oui fidèles lecteurs qui ne vous êtes pas encore sauvés sur un autre blog ou auto-petit-suicidé devant votre écran, vous l'aurez compris, l'histoire va vite tourner au cauchemar pour nos jeunes héroïnes (lorsque je vous disais que c'était ultra réchauffé comme thème!). Mais Obayashi loin de s'embourber dans les risques du genre, va réussir le tour de force subtil de nous offrir le droit d'assister à un des barnum les plus hallucinant qu'il m'ait été donner de voir sans pour autant partir dans tous les sens, car paradoxalement, alors que tout est bien évidemment prévisible du début à la fin, c'est dans la manière teintée d'une bonne dose de kitch de zigouiller ces chères pucelles que notre réalisateur qui mérite décidement sa place au panthéon des incompris du 7ème art, va nous conduire de surprises en surprises. Comment ne pas être hilare devant la tête décapitée de la boulimique qui mord le postérieur de la peureuse pleurnicharde? Comment ne pas être admiratif devant la scène (qui pour moi est d'ores et déjà culte) de la musicienne se faisant totalement dévorer par un piano possédé, avec un squelette en plastique (digne des anciennes classes de Sciences Narurelles de mes années Collège) gesticulant derrière elle, comme un beau diable aidé par des fils à peine dissimulés? Comment enfin ne pas être reconnaissant pour nos cages à miel, à l'écoute de cette bande son digne des plus grands films de notre Pierre Richard national tournés à la même époque, playlist très seventies (c'est somme toute logique) où viennent se greffer des samples de bébé qui hurle ou des croassement en tout genre. Le final quasi apocalyptique avec la maison déversant des litres de sang, soupoudré d'un érotisme soft limite artistique (quasi obligatoire dans le cinéma de l'époque, âge d'or des Pinku Eiga) est un petit bijou qu'on peut voir, revoir et rerevoir (comme le dit le slogan d'une des chaînes du Service Public) sans se lasser une seule seconde, tant il se décompose en de multiples plans tous plus géniaux les uns des autres, comme au hasard cette scène avec ce qu'il reste de la jambe de la Kung-fu fightrice qui règle son compte à une toile représentant le fameux chat fil rouge cité un peu plus haut. Il est clair que raconter comme ça, mon propos pourrait faire l'objet d'un contrôle urinaire pour certains d'entre vous , mais très sincèrement après visionnage, pour les plus courageux qui auront fouiné sur le net afin de trouver cette petite merveille (qui malheureusement n'a bénéficié que d'une pauvre sortie dvd toute pourrie en Alllemagne sans le moindre sous-titres), et qui sauront l'apprécier à sa juste valeur (c'est à dire comme un bon divertissement sans prétention), mon résumé paraîtra alors des plus posé et finalement des plus objectif. Honnêtement seule la fin m'a quelque peu déçu, avec cette explication limite moraliste concernant les êtres chers disparus mais qui restent à tout jamais dans nos coeurs, j'aurais préféré que l'histoire se termine lors du grand dézingage final, mais bon je ne vais pas chipoter devant un si petit détail qui honnêtement n'enlève rien à toutes les qualités d'Hausu.
Résumer un film est un exercice toujours délicat, résumer un Ovni l'est encore plus. Mais le simple fait de faire découvrir ne serait-ce qu'à une petite poignée de forumeur ce chef-d'oeuvre (j'ai pas peur de me répéter) quasiment inconnu du grand public, est déjà une petite victoire en soi, et donne encore plus l'envie de poursuivre dans cette voie. Prochain Ovni qui tue, le non moins résumable The Glamourous Life Of Sachiko Hanai, que j'ai eu la chance de voir la première fois sur Arte, un jeudi soir dans le cycle cinéma Trash de l'époque (coup de chapeau au passage à la chaîne franco-allemande pour certains de ses choix au niveau de sa programmation dans cette thématique à part), puis à nouveau en dvd, à plusieurs reprises. Là encore attendez vous à une review des plus exaltée, tant ce film (qui a quelques imperfections certes) est également un pur moment de bonheur dans ce cinéma d'aujourd'hui où des robots de notre enfance se castagnent à coup d'effets spéciaux et où les scénarios tiennent sur des kleenex qui valent malgré cela des millions d'entrées, et donc des millions d'euros. Pour finir ce post, deux cadeaux Bonux, enfin plutôt deux petits liens qui vont vous renvoyer tout d'abord vers l'excellente galerie photo du non moins excellent site Eiga Go Go qui sans montrer toute la richesse visuelle d'Hausu (mais une grande partie quand même) complète parfaitement mon argumentation précédente.
http://eigagogo.free.fr/Articles/Monde_De_Hausu/monde_de_hausu.htm
Puis vers la bande annonce de la "chose en question" afin de vous permettre de vous faire définitivement une opinion (si ce n'est pas encore le cas).
http://www.youtube.com/watch?v=NN0HVJ5tkIM
Sur ce, bon film!! _________________ http://nekobazar.blogspot.com/ |
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